Comment on sait ?

Quatre ondulations dans l’eau se rencontrent et s’harmonisent, illustration de l’alignement intérieur dans la prise de décision.
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Il y a des décisions qui ne changent presque rien, choisir un restaurant plutôt qu’un autre, prendre cette route plutôt que celle-là, acheter quelque chose dont nous n’avions peut-être pas vraiment besoin et nous apercevoir quelques jours plus tard que, finalement, ce n’était probablement pas une si bonne idée.

Et puis il y en a d’autres qui déplacent quelque chose de beaucoup plus profond, parfois sans que nous en mesurions immédiatement les conséquences : accepter ou refuser, partir ou rester, s’engager, se séparer, changer de travail, de maison, de pays parfois, faire un enfant, commencer une histoire ou comprendre qu’il est temps d’en terminer une, investir de l’argent dans quelque chose auquel nous croyons, prendre un risque, renoncer à ce que nous pensions vouloir depuis longtemps, ou simplement dire oui à quelque chose que nous ne comprenons pas encore complètement.

Devant toutes ces décisions, petites ou grandes, il arrive presque toujours un moment où revient la même question :

Comment on sait ?

Comment sait-on que c’est le bon choix, que cette personne est la bonne, que cet endroit est le bon, que c’est le moment de partir ou au contraire celui de rester ? Comment sait-on que ce que l’on ressent est une intuition et non une peur, un désir, une blessure ancienne, un besoin de reconnaissance, une pulsion, ou simplement cette capacité extraordinaire que nous avons à nous raconter exactement l’histoire dont nous avons besoin pour justifier ce que nous avions déjà envie de faire ?

Je ne suis pas certain qu’il existe une réponse définitive à cette question, et peut-être faut-il justement commencer par là, parce que si nous attendons de savoir avec certitude avant de vivre, si nous attendons que tous les risques aient disparu et que quelqu’un, quelque part, puisse nous garantir que nous ne nous trompons pas, nous risquons de passer beaucoup de temps sur le seuil.

La tête sait beaucoup de choses

Nous avons appris à réfléchir, à peser le pour et le contre, à anticiper les conséquences, à regarder ce que nous possédons, ce que nous risquons de perdre et ce que nous pourrions gagner. Nous faisons des listes, parfois des tableaux, nous demandons conseil, nous comparons, nous cherchons des informations et nous essayons, autant que possible, de prendre une décision raisonnable.

Et tout cela est utile.

La tête n’est pas un ennemi dont il faudrait se débarrasser pour devenir plus intuitif, plus spirituel ou plus libre. Elle est au contraire un outil extraordinaire, capable d’analyser, d’organiser, de prévoir et de nous éviter bien des erreurs, seulement elle ne sait travailler qu’avec ce qu’elle possède, et une grande partie de ce qu’elle possède vient de ce que nous avons déjà vécu.

Notre cerveau a appris à reconnaître, à comparer une situation présente avec celles qui l’ont précédée, à détecter ce qui pourrait représenter une menace, une perte ou un danger. Bien avant que nous ayons des crédits immobiliers, des histoires d’amour compliquées, des choix professionnels ou des décisions financières à prendre, cette capacité participait tout simplement à notre survie.

Alors parfois, lorsque nous croyons réfléchir à demain, nous sommes surtout en train de consulter hier.

Une expérience douloureuse, un échec, une humiliation, une trahison, une période pendant laquelle l’argent a manqué, une fois où nous avons fait confiance et où cela nous a coûté cher peuvent continuer à participer à une décision bien longtemps après que l’événement lui-même est terminé. La tête dit alors « attention », et elle a peut-être raison, mais elle peut aussi être en train de reconnaître dans le présent l’ombre d’un ancien danger.

Mais notre expérience ne se résume évidemment pas aux blessures que nous transportons. Elle est aussi tout ce que nous avons appris en vivant, en essayant, en réussissant parfois, en nous trompant souvent, en observant les conséquences de nos choix et en découvrant peu à peu ce qui nous convient, ce qui ne nous convient plus, ce que nous sommes capables de traverser et les endroits dans lesquels nous n’avons simplement plus envie de retourner.

L’expérience est précieuse parce qu’elle nous permet de ne pas recommencer chaque décision comme si nous venions au monde ce matin. Elle nous donne des repères, affine notre discernement et nous permet parfois de reconnaître très vite quelque chose que nous aurions mis des années à comprendre auparavant. Mais elle porte aussi en elle un paradoxe : ce que nous avons appris hier ne peut pas devenir une certitude sur ce qui arrivera demain.

Parce qu’entre les deux, quelque chose a changé.

Le monde peut avoir changé, les circonstances aussi, mais surtout nous avons changé nous-mêmes. Nous n’avons plus exactement les mêmes besoins, les mêmes ressources, les mêmes fragilités, les mêmes connaissances, ni peut-être les mêmes rêves. Une situation qui ressemble énormément à une autre n’est donc jamais tout à fait la même, simplement parce que celui ou celle qui se tient devant elle aujourd’hui n’est plus exactement celui ou celle qui l’a vécue autrefois.

Il y a alors une différence subtile entre s’appuyer sur son expérience et laisser son expérience décider à sa place. La première nous donne de la profondeur, la seconde risque de nous enfermer dans la répétition. « J’ai déjà vécu cela » peut être une information précieuse, mais « je sais donc ce qui va arriver » est déjà autre chose.

Peut-être que grandir consiste aussi à pouvoir dire : je sais ce que cette expérience m’a appris, je ne veux pas l’oublier, mais je veux encore laisser à ce qui se présente aujourd’hui la possibilité d’être différent.

C’est là, je crois, que cela devient intéressant, parce que nous pouvons essayer de faire taire cette peur, ou au contraire lui abandonner entièrement la décision, mais nous pouvons également prendre un peu de distance et lui demander ce qu’elle essaie réellement de nous dire.

Est-ce ce qui est devant moi qui me fait peur, ou ce que cela réveille de quelque chose que j’ai déjà vécu ?

La nuance paraît petite, elle est pourtant immense, parce qu’une décision très ordinaire peut soudain devenir une occasion de rencontrer un endroit beaucoup plus ancien de nous-même, quelque chose qui demande encore à être entendu, parfois compris, peut-être même guéri.

Non pas nécessairement pour changer de décision.

Mais pour comprendre qui, en nous, est en train de décider.

Le coeur a ses raisons

Nous connaissons cette phrase : le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.

Et heureusement.

Parce que si nous ne faisions dans notre vie que ce qui est raisonnable, calculable, prévisible et sécurisé, si chaque décision devait pouvoir être démontrée avant d’être vécue, nous passerions probablement à côté d’une grande partie de ce qui fait que la vie est justement vivante.

Le cœur ouvre des espaces que la raison ne sait pas toujours ouvrir. Il nous fait aimer des personnes que nous n’aurions probablement jamais choisies sur le papier, prendre un avion pour retrouver quelqu’un, donner sans savoir exactement ce que nous recevrons en retour, pardonner parfois, recommencer malgré ce qui s’est passé, et il permet aussi à cette partie de nous qui n’a pas besoin de tout comprendre de continuer à respirer.

Peut-être même permet-il à l’enfant que nous avons été de ne pas disparaître complètement derrière cet adulte qui doit prévoir, assurer, produire, payer, organiser, expliquer et se protéger.

Mais le cœur aussi peut s’emballer, parce qu’il peut aimer et qu’il peut s’attacher, et ce n’est pas exactement la même chose.

Nous pouvons aimer quelqu’un et pourtant savoir qu’il faut partir. Nous pouvons avoir profondément mal en quittant une situation et savoir malgré tout que rester nous ferait davantage de mal encore. Nous pouvons confondre l’amour avec la peur de perdre, le lien avec l’habitude, la fidélité avec l’impossibilité de lâcher, et attendre du cœur qu’il prenne seul une décision qu’il est parfois précisément incapable de prendre parce qu’il est encore attaché à ce qui doit peut-être se terminer.

Une décision juste n’est donc pas nécessairement une décision qui procure immédiatement de la joie ou de l’apaisement. Certaines décisions peuvent être profondément justes et faire terriblement mal, parce que quelque chose se termine, parce que quelqu’un nous manque déjà, parce qu’une partie de nous aurait voulu que l’histoire soit différente.

Nous oublions aussi facilement que rien n’est figé. Nous voudrions parfois qu’un choix fait hier reste juste demain, qu’une promesse demeure valable indépendamment de ce que nous devenons, qu’un amour conserve éternellement la même forme, alors que nous changeons, que les autres changent et que la vie, elle aussi, continue de bouger.

Reconnaître qu’une chose qui fut profondément juste ne l’est plus aujourd’hui ne signifie pas nécessairement qu’elle était une erreur.

Et puis il y a les tripes

Le ventre parle une langue différente, moins élaborée peut-être, mais souvent beaucoup plus immédiate. Il se serre, se noue, chauffe, se retourne, coupe l’appétit, accélère le transit, crée cette sensation étrange que quelque chose est en train de se passer avant même que nous ayons réussi à mettre des mots dessus.

Nous connaissons presque tous cela avant un rendez-vous important, une conversation que nous repoussons depuis plusieurs jours, un engagement, un départ, un risque, une décision dont nous pressentons qu’elle pourrait modifier quelque chose dans notre vie.

Et parce que cette sensation est inconfortable, nous pouvons facilement conclure qu’un ventre noué signifie : n’y va pas.

Pourtant, ce n’est pas si simple.

La peur ne signifie pas nécessairement que nous sommes devant la mauvaise porte, elle peut aussi signifier que nous sommes devant une porte que nous n’avons encore jamais franchie. Il existe une différence immense entre le danger et l’inconnu, mais notre corps ne sait pas toujours immédiatement les distinguer, particulièrement lorsque cet inconnu vient toucher une ancienne insécurité.

C’est peut-être précisément ici que naît le courage, parce que le courage n’est pas l’absence de peur. S’il n’y a aucune peur, il n’y a d’ailleurs probablement pas besoin de courage.

Le courage apparaît lorsque nous pouvons reconnaître que nous avons peur, écouter ce que cette peur cherche à protéger, vérifier qu’il n’existe pas réellement un danger que nous sommes en train de nier et, lorsque nous avons suffisamment entendu tout cela, décider parfois d’avancer malgré elle.

Le ventre ne nous demande donc pas toujours de nous arrêter.

Parfois, il nous demande simplement de l’écouter avant de continuer.

Plus bas encore

Il existe un autre endroit dont nous parlons peut-être moins facilement, parce qu’il touche au sexe, au désir, à la pulsion, mais que réduire au seul désir sexuel ferait perdre une grande partie de ce qu’il représente.

C’est cet endroit qui nous pousse vers quelque chose.

Il veut toucher, posséder, goûter, acheter, séduire, créer, conquérir, rencontrer, expérimenter. Il est cette impulsion qui peut nous faire désirer quelqu’un, évidemment, mais aussi une voiture, une maison, un voyage, un vêtement, une nouvelle vie ou simplement quelque chose dont nous n’avions absolument pas besoin cinq minutes auparavant.

Nous avons une relation étrange avec cette énergie, parce que nous avons parfois appris à la contrôler, à la nier ou à la moraliser, et qu’à l’inverse le monde dans lequel nous vivons a parfaitement compris comment la stimuler.

La publicité le sait, les réseaux sociaux le savent, l’industrie pornographique le sait, et une grande partie de notre société de consommation repose précisément sur cette capacité à réveiller le désir, parfois à le fabriquer, puis à nous proposer immédiatement quelque chose qui promet de le satisfaire.

Cela ne signifie pourtant pas que le désir soit mauvais.

Sans lui, combien de choses n’auraient jamais été créées ? Combien de rencontres n’auraient jamais eu lieu, combien de voyages, d’œuvres, de projets et même d’enfants ne seraient jamais nés ?

Le désir est aussi une force de vie.

Certaines traditions spirituelles, notamment bouddhistes, nous invitent cependant à observer ce qui se produit lorsque cette force devient soif, avidité, attachement, lorsqu’elle ne dit plus simplement « j’ai envie de cela », mais commence à nous faire croire : « Il me faut cela pour être bien. »

Et la différence est immense.

Peut-être avons-nous simplement besoin d’apprendre à connaître cet endroit autrement, comme nous aurions besoin d’apprendre autrement la colère, que nous considérons facilement comme une mauvaise émotion alors qu’elle peut aussi nous avertir qu’une limite vient d’être franchie, qu’une injustice est vécue ou que quelque chose en nous cherche à se protéger.

Ce que nous faisons de cette colère ensuite nous appartient.

Le désir pourrait être entendu de la même manière.

Il nous donne une information, parfois extrêmement précieuse.

Mais une information n’est pas un ordre.

Quatre endroits, un même axe

La tête, le cœur, le ventre et le bas-ventre.

Certaines traditions parlent ici de centres énergétiques, de chakras, et placent ces différents espaces le long d’un axe vertical qui traverse le corps. On peut adhérer à cette lecture, la ressentir, l’expérimenter, ou simplement considérer ces quatre endroits comme une manière de porter son attention différemment sur ce qui se passe en nous.

Le vocabulaire importe finalement assez peu.

Parce que ces endroits sont là.

Alors lorsqu’une décision se présente, peut-être pouvons-nous commencer par ne pas chercher immédiatement une réponse et prendre le temps de descendre à travers nous.

Qu’est-ce que ma tête en pense réellement, une fois que j’ai séparé autant que possible les faits de mes projections ? Qu’est-ce que mon cœur ressent, derrière l’attachement, la peur de perdre ou le besoin d’être aimé ? Que se passe-t-il dans mon ventre lorsque j’imagine dire oui, puis lorsque j’imagine dire non ? Et qu’est-ce que je désire vraiment, pas ce que je devrais désirer, pas ce qui serait convenable, pas ce que les autres attendent de moi, mais ce qui, profondément, me met en mouvement ?

Il ne s’agit pas ensuite de faire voter tout ce petit monde.

Parce qu’il peut arriver que trois endroits disent oui et qu’un seul dise non.

Et ce n’est pas trois contre un.

C’est peut-être même celui-là qu’il faut aller rencontrer.

Celui qui résiste

Imaginons que je désire profondément quelque chose, que mon cœur s’ouvre à cette idée, que ma tête en comprend la possibilité et que pourtant, chaque fois que je m’en approche réellement, mon ventre se contracte.

Pourquoi ?

Peut-être que cette contraction me prévient réellement de quelque chose que je ne veux pas voir, d’un risque que j’ai minimisé, d’une incohérence que mon désir préférerait ignorer.

Mais peut-être aussi que ce choix vient simplement toucher une peur beaucoup plus ancienne : la peur de manquer, d’échouer, de ne pas être capable, d’être jugé, de perdre ce que j’ai déjà ou même, parfois, la peur étrange que nous pouvons avoir lorsque quelque chose que nous désirons depuis longtemps devient enfin possible.

Voilà alors qu’une décision qui semblait concerner une maison, un travail, une relation, un voyage ou un achat vient éclairer quelque chose qui était déjà là.

Et c’est peut-être une opportunité.

Pas nécessairement une raison de renoncer, mais une occasion d’aller voir, de comprendre ce qui résiste et, parfois, de prendre soin de quelque chose qui jusque-là décidait silencieusement à notre place.

Et si c’est la tête qui dit non, elle non plus n’a pas nécessairement raison.

Être raisonnable ne signifie pas toujours renoncer à ce qui semble aujourd’hui déraisonnable. La raison peut aussi devenir celle qui construit les étapes, qui regarde ce qui manque, ce qu’il faut changer, économiser, apprendre, préparer ou attendre pour que ce qui paraît impossible aujourd’hui puisse peut-être devenir possible demain.

La tête cesse alors d’être celle qui enferme le désir.

Elle l’aide à trouver un chemin dans le réel.

Quand le temps lui aussi semble s’aligner

Et puis il existe quelque chose de plus difficile encore à expliquer, parce que cela ne se passe plus seulement à l’intérieur de nous.

Il y a parfois ces moments où, après avoir longtemps hésité, quelque chose se place. Une décision est prise et soudain ce qui résistait commence à circuler, une personne appelle au bon moment, une porte s’ouvre, quelque chose que nous essayions de faire depuis des semaines se fait presque tout seul, une chose se termine précisément au moment où une autre commence, et les temporalités qui semblaient jusque-là indépendantes viennent étrangement se rejoindre.

Certains appelleront cela le hasard, d’autres la synchronicité, d’autres encore un ordre cosmique.

Je ne sais pas s’il est nécessaire de choisir.

Et surtout, je ne crois pas qu’il faille transformer ces événements en preuves, parce que la vie n’est probablement pas un oracle permanent chargé de confirmer chacune de nos décisions, et que nous sommes extrêmement doués pour repérer les signes qui nous arrangent lorsque nous avons très envie de croire quelque chose.

Mais il existe malgré tout ces moments où rien ne semble forcé.

Cela ne veut pas dire que tout devient facile, que nous avons fait le bon choix ou que rien de désagréable ne pourra désormais arriver. Cela signifie seulement qu’à cet instant quelque chose paraît circuler autrement, comme si notre mouvement intérieur et celui de la vie cessaient, pour un temps, de pousser dans des directions opposées.

Cela ne garantit rien.

Mais cela aussi peut être entendu.

Alors, comment on sait ?

Je pourrais terminer cet article par une méthode, quelques questions à se poser, un exercice permettant de vérifier que la tête, le cœur, le ventre et le désir sont parfaitement alignés avant de prendre une décision.

Mais ce serait probablement mentir.

Parce que la vie n’est pas aussi propre.

Je ne sais même pas si j’ai toujours pris les bonnes décisions, et lorsque je regarde derrière moi je vois des choix qui m’ont fait douter, d’autres qui m’ont déçu, certains qui m’ont coûté beaucoup plus que je ne l’avais imaginé, des engagements sur lesquels j’ai dû revenir et des choses que j’ai désirées très fort avant de comprendre, parfois longtemps après, qu’elles ne me correspondaient plus.

J’ai changé d’avis.

Je me suis probablement trompé.

J’ai parfois résisté trop longtemps avant d’accepter qu’une chose était terminée, et parfois sauté sans savoir exactement où j’allais atterrir.

Et pourtant, lorsque je regarde tout cela aujourd’hui, je ne suis pas certain de vouloir retirer une seule de ces décisions de mon histoire, même celles qui ont fait mal, même celles que je prendrais probablement autrement avec ce que je sais maintenant, parce qu’elles ne sont pas seulement ce que j’ai choisi à un moment donné.

Elles sont aussi ce que j’ai décidé d’en faire ensuite.

La manière dont je me suis relevé, ce que j’ai compris, ce que j’ai refusé de reproduire, ce que j’ai appris à aimer autrement, ce que j’ai découvert de moi et l’endroit où, finalement, tout cela m’a conduit.

Il existe aussi des choix que je n’ai jamais regrettés, même lorsque leur réalité est devenue très différente de ce que j’avais imaginé, parce que la justesse d’une décision ne se mesure peut-être pas seulement à la conformité entre ce que nous espérions et ce qui est arrivé.

La vie n’est pas un contrat dans lequel nous pourrions exiger que le résultat corresponde exactement à la promesse.

Alors peut-être qu’une bonne décision n’existe pas de la manière dont nous aimerions qu’elle existe.

Peut-être existe-t-il plutôt une manière plus consciente de choisir, en écoutant suffisamment la tête pour ne pas devenir aveugle, le cœur pour ne pas devenir froid, le ventre pour ne pas ignorer ce qui cherche à nous protéger, et le désir pour ne pas oublier que nous sommes vivants.

Et lorsque l’un d’eux résiste, peut-être pouvons-nous apprendre à ne plus chercher immédiatement à le faire taire, mais à nous arrêter suffisamment longtemps pour comprendre ce qu’il est venu nous dire.

Puis parfois, après avoir réfléchi, ressenti, désiré, douté, eu peur, vérifié et peut-être recommencé tout cela plusieurs fois, quelque chose finit par s’aligner à l’intérieur de nous.

Cela ne ressemble pas forcément à une explosion de joie.

Il peut rester de la peur, de la tristesse, du vertige, et même une part de doute, parce qu’être aligné ne signifie pas devenir soudain certain de l’avenir.

Mais derrière tout cela apparaît quelque chose de plus calme, une évidence qui n’a plus tellement besoin d’arguments et qui ne cherche plus autant à convaincre.

Et c’est peut-être cela qui rend ces instants si difficiles à expliquer,
parce qu’à la question :

« Mais comment tu sais ? »


il ne reste parfois plus grand-chose à répondre.

 

Je ne sais pas comment je sais.

Mais je sais.

Parfois, ce qui cherche à s’aligner a seulement besoin d’un espace pour se déposer, être entendu, et laisser apparaître ce qui était déjà là.

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Frédérick Manna
Le Feu Partagé

Ces mots poursuivent leur chemin. Merci d’en respecter la source.

 


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